Alimentez-vous en musique !!!

 

 

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Mardi 6 mai 2008

 

"Voici comme promis les 2 photos de BenSari Ahmed à Casablanca. L’une dans un café près de l’hôtel Sheraton (il n’a point voulu aller a l’hôtel car il était trop modeste)

 

 

La seconde photo a été prise dans l'appartement de ma belle mère Leila Benkalfate qui lui a préparé la fête de son 87 ème anniversaire le 8 avril 2001 en lui faisant 2 gâteaux et une ‘seffa’ qu’il avait commandé mais n’a pas pu la manger car il n’avait plus faim. Tellement, il s’est en quelque sorte retrouvé en famille, il m’a dit : ‘zetli ghorba âala ghorba’…"




Ce que je garde comme souvenirs de ma rencontre avec le Maître Rédouane :

- Il était très nostalgique car il était très miné par le fait d’être éloigné de ses enfants au nombre de 4 : Il n’a eu aucun enfant musicien.

- Il était malheureux et fumait jusqu a 3 paquets /jour

- En 1946, il a essayé de voir mon père qui était médecin natif de Tlemcen mais n’a pas pu par manque de temps.

- C’était un ami de l’écrivain Mohammed dib.

- Il était beaucoup ami de Ahmed Pirou qui joue avec Chabab Andalous de Rabat.

- Grand ami de Djelloul Benkalfate qui a créé parait-il « les amis du vieux Tlemcen ».

- A casa, sa vie était bien réglée :
- Matin : réveil a 10h; a 10h30 : tour au marché central de casa ou il avait des amis qui se disputaient pour lui parler car il avait une bonne réputation.

- Après-midi : taches ménagères ; de temps à autre, une bonne venait lui donner un coup de main.

- La nuit : jamais de sorties.

- Il avait un coeur qui tenait bien car il m’a fait venir dans son appartement qui se situe près de ‘Casa-port’ au 7ème  étage sans ascenseur.

- Il a parlé des frères Ghoul.

- Il connaissait bien Mohamed Chaabane, le fils aîné de Cheikh Salah:un virtuose du piano. Il l’appelait l’homme aux lunettes.

- Il aimait beaucoup le café et les pâtisseries: c’est un fin gourmet.

- A casa, il voyait souvent Benkalfate Abdelaziz.

- A la suite de la rentrée d’exil de feu le roi Mohammed V, il alla jouer au palais royal de Rabat avec son père Cheikh Larbi Bensari.

- Il était beaucoup ami des juifs, en particulier ceux de la place Verdun de Casablanca.

- Il avait au Maroc des amis marocains bien placés, en particulier Mr Boulouiz Abdelkader.

- Il disait que le Gharnati ne s’est pas du tout développé à Casablanca.

 

Dr. Mohamed Taha Haddam (vice président de l’association Ahbab Cheikh Salah d’Oujda)


Témoignage de Dr Mohamed Taha Haddam, extrait d'une émission spéciale "Voyage Musical au Maroc", le 25/01/2005, sur Radio Tlemcen.
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Mercredi 30 avril 2008

 

 

     

Redouane Bensari, cette grande figure de la musique classique algérienne, représentait pour chaque jeune musicien de Tlemcen le summum de l’interprétation artistique dans toutes ses dimensions. A partir des années 60, la voix sublime du cheikh exilé pénétrait dans les foyers tlemceniens à travers  les bandes magnétiques que tous les mélomanes de cette belle musique repiquaient et conservaient jalousement chez eux. D’ailleurs, elles furent souvent l’objet de phénomène exhibitionniste de la part de certains mordus de Redouane qui, tout en évoquant une récente acquisition d’un document sonore concernant le Cheikh, n’hésitaient pas à fanfaronner en montrant une certaine fierté, surtout lorsqu’ils annonçaient le lieu et l’année de l’enregistrement dont ils sont en possession (Casablanca 1960, Rabat 1963, Lyon 1959, Tanger 1970 etc.). Ces gens là jouissaient à l’idée que des dizaines de personnes allaient les supplier pour s’enquérir de l’enregistrement, encore faut-il que tout le monde ait un magnétophone à bande. Je pense que tous les jeunes de ma génération ont vécu cette situation et c’est de cette manière qu’on avait découvert cette voix divine qui coulait comme l’eau de source, naturellement, dans laquelle les amoureux de cette musique enchanteresse venaient étancher leur soif. Ce qui est sûr par contre, nos parents qui l’ont connu, côtoyé, ne l’écoutaient pas de la même façon que nous : nostalgie oblige ! Ces mêmes parents ou nos aînés qui l’ont vu se produire à Tlemcen dans les années 50 (sacrés veinards !), sont arrivés à nous inculquer cette « écoute nostalgique » et, Redouane Bensari excellait tellement dans la transmission des ondes mélancoliques qu’on aurait dit que tous les textes qu’ils chantaient, surtout le Haouzi, avaient été écrits spécialement pour lui tant la charge émotionnelle qu’ils véhiculent peut paraître prémonitoire dans la poésie développée durant les siècles précédents.

C’est à ce moment là qu’une véritable école s’installa à Tlemcen et dans plusieurs villes d’Algérie, celle de Redouane Bensari avec sa voix et son jeu de luth inégalables. D’année en année, on parlait du « phénomène Redouane » voire du « mythe Redouane ». Du coup, tout le monde voulait le voir, le rencontrer, passer une soirée avec lui. Dans les enregistrements, on entendait les voix des personnes qui ont eu la chance de le connaître, de s’asseoir à côté de lui et de le voir chanter et jouer de son instrument fétiche : le luth (el aoud). Cela ne pouvait pas se réaliser facilement ; d’une part, les frontières étaient très souvent fermées et d’autre part, il y avait ce mythe qui était là quelque part: qui pourrait approcher le maître ? Tout le monde connaissait aussi la réputation qu’on adorait lui coller à savoir, sa susceptibilité et son trait de caractère pas très commode ! (J’ai su par la suite, quand je l’ai rencontré qu’il s’agissait de réactions tout à fait naturelles de sa part, à l’encontre de personnes maladroites voire indésirables qui venaient le rencontrer et qui lui proposaient des veillées ou de l’enregistrer alors qu’il ne les connaissait même pas ! Ne dit-on pas dans la tradition orale de chez nous« On ne doit jamais dire au chanteur de chanter ? »).

Avec l’avènement des moyens d’enregistrement plus sophistiqués et surtout la vidéo dans les années 80, les tlemceniens ont pu enfin placer une image sur le son et la voix qu’ils écoutaient depuis plus de 25 ans et ce, grâce à des enregistrements réalisés par docteur Ghoul Yahia. Les images vivantes d’un virtuose que la ville de Tlemcen avait perdu depuis longtemps arrivaient comme par miracle aux foyers tlemceniens et où on découvrait ou redécouvrait Cheikh Redouane qui ressuscitait au grand plaisir de ses adeptes. 

Sans cet aperçu, mettant en exergue la dimension spirituelle du personnage, je n’arriverai jamais à vous transmettre mon émotion et ma joie quand je l’ai rencontré chez des amis communs en 1991 à Tanger, alors qu’on était tous les deux invités à donner deux soirées consécutives, ensemble, lui avec son luth d’un côté et de l’autre, moi-même avec mon orchestre ramené de Tlemcen.

C’est en juin 1991, quand on arriva à l’hôtel qui surplombait la magnifique ville de Tanger, que je vis pour la première fois de ma vie, Cheikh Redouane : mon rêve venait enfin de se réaliser. Je venais de mettre fin à un mythe que j’ai trop longtemps traîné car c’est contraignant de ne connaître quelqu’un qu’à travers les autres. C’était un homme simple, humble, accueillant, souriant, à la fois au contact facile et  discret. Comprenant sans doute mon émotion que j’avais du mal à dissimuler, c’est lui qui fut le premier à m’interpeller. Il connaissait toute ma famille, le quartier où je suis né ; il me confirma, exactement comme on me l’avait dit, l’information selon laquelle il avait animé le mariage de mon père au domicile familial dans les années cinquante. 

Durant Les deux soirées, mes camarades et moi avions eu plein les yeux et plein les oreilles : Il a interprété des noubas entières, du Haouzi, du âroubi et on a eu même droit à du « Oum Keltoum » et du « Mohamed Abdelwahab » : c’était un régal ; il n’y avait que du bonheur ! Tantôt il jouait au luth, tantôt au violon/alto alors que mes amis Didi Fouad, Tarik Feroui et moi-même relayions mandoline, violon 4/4 et kouitra.

 

Tewfik Benghabrit  (artiste)


envoyé par cristoumi
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Samedi 26 avril 2008




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Mardi 8 avril 2008

Le 15/09/2002

Extrait retranscrit de l’émission : Diwan El-Bahdja

Avec Nasreddine Baghdadi et feu Tarik Hamouche*

 


 Tarik et Nasreddine :  Bienvenue à la radio Bahdja. Que pouvez-vous nous dire sur vos souvenirs à Alger ?


Samy El-Maghribi :
en 1954, j’avais fait une dizaine de soirées à radio d’Alger suite a une invitation de Mahieddine Bachtarzi. On avait fait une tournée de 16 soirées à l’occasion de Layali Ramadhan, je chantais chaque nuit, en quatre lieux différents, dans chaque lieu je chantais pendant 20 minutes, et le taxi m’attendait pour me prendre d’un lieu à un autre … (sourire).

Tarik et Nasreddine : Vous vous rappelez des lieux où vous chantiez ?

Samy El-Maghribi : Je ne me rappelle pas d’eux, une fois au Padovanie, une fois à Belcourt. Une fois j’avais chanté au cercle, il y avait six mille personnes, trois mille hommes et trois mille femmes … (sourire).

Tarik et Nasreddine : Il y avait aussi les soirées que vous avez animées au cercle franco-musulman… ?

Samy El-Maghribi : Ah oui, ce fut de grands souvenirs ! Un jour j’ai joué avec l’orchestre de Fekhardji, Rahimahou Allah, et on a interprété « Darabatni Bikhinjari mouklataïha », je l’ai chanté devant le public du cercle franco-musulman. Le cercle était rempli cette nuit là, les gens ne trouvaient pas où s’asseoir. Et m’est venu Allah Yerahmou, Boudali Safir, il m’a dit : “Samy, cette nuit, tu sauras si tu seras accepté en Algérie ou bien tu partiras dans ton pays, on ne te verra plus !“… (Sourire). Il m’a dit “Si ces gens ne viendront pas te saluer un à un, oublie l’Algérie, ne viens plus la voir !“… (Sourire). J’ai fait mon effort et on a passé une soirée grandiose. Puis sont venus les gens qui étaient présents, un à un… « Baraka Allahou Fik, Baraka Allahou Fik… ». Alors Boudali Safir m’a dit : “Samy, maintenant les portes de l’Algérie te sont grandes ouvertes !!! “

Tarik et Nasreddine : En tous les cas, les portes de l’Algérie sont toujours ouvertes à Samy El-Maghribi !

Samy El-Maghribi : Hamdullah, Hamdullah… Mon public là bas, juifs et musulmans, tous ils considèrent l’art et apprécient ce que je fais. Hamdullah, Allah Tabaraka wa Taâla.

Tarik et Nasreddine : Maâlem Samy, qui sont les noms, qui sont les personnes dans le domaine artistique, que vous avez connus, lors de votre venue en Algérie en 1954 ?

Samy El-Maghribi : Oui, Abdelkrim Dali, Allah Yerahmou, il a travaillé avec moi, El-Aânka, je l’ai rencontré lui aussi, il n’a pas travaillé avec moi mais on s’est juste croisé et on a fait connaissance, Ahmed Wahbi, Cheikh Laarbi Ben Sari…

Tarik et Nasreddine : Parmi les qacidat de hawzi que vous a donné Cheikh Larbi, « Ya M’sselmin Kelbi », « Hada El-houb El-gheddar »…

Samy El-Maghribi : Justement pour « Hada El-houb El-gheddar », j’étais chez lui, on venait de prendre le thé et je la lui ai demandée. Il m’a dit que je te l’enverrais, il me l’a envoyée. Et puis en 1954 lors de la Hiloula de Tlemcen, se sont réunis à la salle des fêtes de la mairie pendant quatre nuits, pas moins de quatre cent personnes et on a travaillé tous les soirs. A la quatrième soirée, est venu pour m’honorer, Hadj Larbi Ben Sari et n’a pas trouvé où s’asseoir. Il s’est assis avec nous sur scène. Alors j’ai chanté pour lui, cette nuit là, « Hada El-houb El-gheddar » qu’il m’avait donné auparavant… (Sourire). Le public s’est levé, m’a embrassé et nous a applaudit. C’était une chose grandiose que je n’oublierais jamais, des choses qu’on ne peut pas oublier de l’âme et du cœur.

Tarik et Nasreddine : Maâlem Samy, aujourd’hui, la scène artistique et le domaine de la musique andalouse en Algérie, a perdu Cheikh Redouane Ben Sari, Rahimahou Allah, que pouvez vous nous dire à son propos ?

Samy El-Maghribi : Redouane est mort ? Redouane est mort ? Il était à Casablanca ?

Tarik et Nasreddine : Oui à Casablanca et enterré à Casablanca, il y de ça un mois qu’il est mort.

Samy El-Maghribi : Ayayaye!!! Vous savez ce qu’il m’a dit?! Il m’a dit : “Je suis un fils de 85 ans, et je n’ai pas la force pour chanter et faire quoi que ce soit“. Je souhaitais l’inviter pour venir à Montréal. Il était une fois avec moi à Casablanca, quand j’habitais encore là bas. Il est venu et a enregistré avec moi au piano. Il a enregistré avec moi « Ana El Kawi », et « Erraâd » de Ben Slimane...

Tarik et Nasreddine : Vous nous avez dit à Paris que c’était lui qui vous a appris mizene (rythme) el-qcid, le huit temps.

Samy El-Maghribi : Oui, oui, c’est lui qui nous a appris el-mizene de « Ana El Kawi », « Taleb »…

Tarik et Nasreddine : Maâlem Samy, parlez- nous un peu de vos souvenirs avec Reinette.

Samy El-Maghribi : Reinette, Allah Yerhamha, je lui volais de ses chansons ses ‘tzaâbilat’, pour les interpréter dans mes chansons. Un jour, je faisais une ‘tzaâbila’ à elle dans un Stikhbar, elle s’est retourné vers moi avec un sourire et m’a dit : “Yel Khouen (voleur)…“ (Sourire).

Tarik et Nasreddine : Vous vous rappelez une soirée qu’on a faite chez vous à Paris, avec Mustapha Skandrani, Reinette, jusqu’au matin…

Samy El-Maghribi : Oui, je me rappelle. On le refera Inschallah, Bihawli Allah, et la paix sera dans le monde et je viendrais en Algérie et je chanterais Inschallah avec vous et je passerais avec vous ce qui me reste à vivre… Que dieu vous donne la sérénité et la paix en Algérie.

Tarik et Nasreddine : La langue de l’art et de la musique est la langue de la paix.

Samy El-Maghribi: Biensûr, “Qalouha El-wala“. Le monde est devenu difficile, on prie Dieu, Tabaraka Wa Taâla, qu’il le rende rayonnant et qu’il rayonne nos jours. Et que la paix règne dans le monde, juif et musulman.

Tarik et Nasreddine : Quels sont les maîtres que vous aimiez étant jeune ?

Samy El-Maghribi : Parmi les maîtres qui ont marqué ma jeunesse, Zouzou El-Wahrani, Rahimahou Allah, j’étais jeune et j’étais un grand fan de lui, je le considère comme un grand Cheikh… Aussi, Sassi, Dahmane Ben Achour, Lili Labassi…

Tarik et Nasreddine : Quelles sont les activités de Samy El-Maghribi ces dernières années ?

Samy El-Maghribi : Je ferai un concert à Montréal le 27 Mai Inschallah…

Tarik et Nasreddine : On aimerait que vous chantiez en Algérie avec un orchestre algérien avec vous…

Samy El-Maghribi : Ayama-yama!!! Cela est mon souhait, j’attends que le grand Dieu me l’exauce tant que je suis en vie, je chanterais avec vous et vous aurez la paix et l’espoir en Algérie Inschallah…  L’art nous a appris à être des frères, parce que l’art est une chose magnifique dans la vie de l’homme, c’est lui qui nous a permis d’être des frères et pas autre chose, pas autre chose… Salam. 


Hommage à Samy El-Maghribi
envoyé par andaloussiate


* Tarik Hamouche, talentueux producteur d’émissions à la radio algérienne, décédé le 30/08/2004.

par Andaloussiate publié dans : Publications/ Interviews
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